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Le Pantalon

 

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La guerre 14-18 n'a pas été surnommée "la grande boucherie" pour rien : des millions de morts, des territoires détruits, mais aussi une volonté d'écraser et d'humilier les vaincus. Yves Boisset, réalisateur français, s'empare de ce sujet grâce au livre de Alain Scoff intitulé Le pantalon. On y suit l'histoire (vraie) de Lucien Bersot soldat français fusillé pour l'exemple pour avoir refusé de porter le pantalon d'un mort lors de la première guerre mondiale. Yves Boisset se saisit de ce sujet comme il l'avait fait pour :

  • le racisme avec Dupont Lajoie (présenté comme une comédie tout public dans les magazines télé de mon enfance... ne faites pas regarder cela à vos enfants!)

  • les milices anti grève dans Le juge Fayard, dit le shériff (magnifique film avec Patrick Dewaere avec en plus des plans incroyables de la ville de Saint Etienne dans les années 70)

  • la glorification de l'armée auprès des jeunes dans l'entre deux guerres avec Allons z'enfants

  • la télévision poubelle et violente en temps de crise avec Le Prix du danger (dont un remake avec Arnold Schwarzenegger a été fait avec une fin disons... plus américaine)

  • Un condé qui parle notamment de la torture dans les colonies et de ceux qui se sont enrichis là-bas et ont construit un réseau pour leur retour en métropole (Raymond Marcellin, alors ministre de l'intérieur, avait tenté d'interdire le film, on se demande bien pourquoi...en fait non)

  • ou encore Radio corbeau et sa radio pirate qui dénonce les agissements de certains habitants, souvent les plus fortunés, d'un village du Jura.

On l'aura bien compris, Yves Boisset n'est pas un réalisateur comme les autres. On peut en cela le rapprocher des auteurs de polars politiques des années 70, 80 comme Jean Patrick Manchette (dont l'excellent Nada fut adapté par Claude Chabrol au cinéma) qui avaient la volonté de raconter des histoires de fiction en y intégrant des éléments sociaux et politiques de l'époque.

Mais revenons-en au Pantalon. Ne vous attendez pas ici à des super héros à la Captain America, des visages carrés et des dents blanches comme dans il faut sauver le soldat Ryan ou encore à de grandes envolées lyriques comme dans Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick.

Non, rien de tout ça. Dans ce film on ne trouve que l'ordinaire de la guerre. Les soldats appelés au front sont en fait des civils méprisés par leurs supérieurs. Les a prioris de la société civile rejaillissent sur le champ de bataille (le soldat appelé l'anarchiste est en fait un syndicaliste..), les supérieurs directs sont des gens plus aisés et les "grands" militaires passent leur temps à philosopher sur les soldats en reprenant du dessert alors que des hommes meurent de faim et de froid dans la boue à quelques kilomètres d'eux. L'armée peut aussi donner libre court à sa vengeance sur une partie des soldats qui montreraient un peu trop de solidarité et de rebellion car elle seule décide et juge.

On voit donc ici la guerre et son impact sur les différentes classes sociales de la société selon leur rang. L'idée dans ce film n'est clairement pas de célébrer quoi que ce soit mais plutôt de constater qu'en temps de guerre les exploités sont les mêmes qu'en temps de paix (toute relative) et que le pouvoir ne saura tolérer des réinterprétations de l'histoire qui ternissent l'image d'un pays.

Un grand (télé)film intelligent et sans compromis qui mériterait au moins des projections dans nos lycées et collèges !

 

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