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Albertine Sarrazin

 

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"Le sceau indélébile et secret que la prison a fait en moi, ce recul, cette indifférence supérieure d’où je considère les gens et les choses." (La Traversière)

 

Une courte vie

La vie d’Albertine Sarrazin s’est achevée il y a cinquante ans, le 10 juillet 1967. Elle était née moins de trente ans auparavant, en septembre 1937. Il y a eu dans sa vie brève mais intense, digne d’un François Villon au féminin, d’orpheline fugueuse, tôt incarcérée, d’un côté le vol, un braquage, la prostitution, la cavale, la prison - près de sept ans-, et  parallèlement, comme eût dit Verlaine, des premiers prix d’excellence au collège, un baccalauréat avec la mention bien, puis la reconnaissance en tant qu’auteur et la célébrité. Un profil rimbaldien, avec à la fois une volonté de s’encanailler et un goût profond pour l’étude et le savoir, - elle transformera en œuvre littéraire sa vie cabossée, dont son astragale brisé reste le symbole, qu’elle choisira pour titre de son plus célèbre roman ("pour leur faire feuilleter le dico", écrira-t-elle plaisamment en évoquant ses futurs lecteurs) au style très particulier où se mêle argot et écriture littéraire en épigone de Céline. Double filiation rimbaldienne et célinienne patente et d’ailleurs revendiquée par elle.

 

Une brève carrière littéraire

C’est en 1965 qu’avec la publication conjointe de L’Astragale et de La Cavale (suivis en 1966 de La Traversière) elle connaît une célébrité, nationale et bientôt internationale, devenant une romancière réputée mais aussi un "personnage" devenu quasi mythique (ce qui pouvait faire penser à Fr. Sagan, même si la comparaison l’irritait). Disparue prématurément du fait d’une opération chirurgicale mal préparée elle laisse, outre ses trois romans autobiographiques, un recueil posthume de poèmes, un journal et de nombreuses lettres. La médiathèque Michel Courot (St-Paul), qui a dans son fonds la plupart de ses œuvres, les met à l’honneur et en évidence tout l’été, et a acquis à l’occasion du cinquantenaire de sa disparition ses Lettres de la vie littéraire (1965-1967), édition Pauvert, cet ensemble de lettres à la gouaille indéfectible constituant un document attachant et prenant qui éclaire très bien cette destinée littéraire fulgurante.

 

Chemins de traverse

Ses trois romans forment une trilogie peu banale : La Cavale est un peu son voyage au bout de la nuit, sa traversée de l’enfer, L’Astragale est un entre-deux un peu hors du temps, entre ciel et terre, un purgatoire où ne manque pas à son sommet, comme dans le Purgatoire de Dante, un paradis terrestre, celui de l’ amour partagé qui sera l’amour de sa vie, et enfin La Traversière qui est sinon son paradis du moins une marche vers la lumière, une tentative de traversée vers une vie nouvelle, une vita nuova. Du point de vue du style l’unité multiple de son écriture mérite d’être soulignée : présence importante de l’argot dans La Cavale, écriture un peu plus classique dans La Traversière, tandis que L’Astragale fait là-aussi figure d’entre-deux avec un choix stylistique intermédiaire.

 

Le passage du temps

Un demi-siècle après, force est de constater cependant qu’Albertine Sarrazin n’est plus guère lue, ses romans, hormis L’Astragale, n’ayant pas connu de rééditions depuis bien des années. La célébrité exceptionnelle qui fut la sienne reposait pour une part sur son talent littéraire et sa personnalité peu commune, mais aussi sur un succès de scandale amplifié par une médiatisation importante. Il y avait en effet entre ses romans et l’écriture autobiographique une proximité périlleuse, dont elle était pleinement consciente, le public attendant d’elle de nouveaux titres mais moins comme romancière que comme l’héroïne sulfureuse de ses romans, la taularde, la cavaleuse, alors qu’elle avait commencé de vivre une nouvelle vie, toute différente, avec l’achat d’une maison et le rêve de fonder une famille. De sorte que La Traversière constituait déjà un geste héroïque et volontariste de fuite en avant par l’écriture dans ce qui ressemblait pourtant de façon inquiétante à une impasse littéraire, en choisissant de raconter les deux dernières années précédant la rédaction du livre, tandis que sa vie passée s’éloignait d’elle irrémédiablement…

 

"J’ai beaucoup à vous narrer…"

Nous laisserons dès lors les lectrices et les lecteurs qui voudraient se lancer dans la découverte ou la redécouverte de cette auteur se faire leur propre opinion : Estimera-t-on qu’il s’agit là d’une œuvre très datée, trop liée à son époque, dont le temps écoulé depuis aurait peu à peu diminué l’intérêt  pour nous ? Ou bien sera-ce l’occasion d’un coup de cœur pour un ton unique et un style original, en même temps que pour un destin littéraire et humain aussi exceptionnel que tragique ?

 

À un journaliste qui souhaitait la rencontrer Albertine Sarrazin avait répondu : "Je serai exacte… et j’ai beaucoup à vous narrer, maintenant que vous savez ce que je suis et l’avez admis." (lettre à René Bastide du 09/2/1965) 

 

 

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